Entre obsolescence programmée et éternité.

Quelques pensées vagabondes suite à la lecture du chapitre troisième de l’Ecclésiaste.



On dit : « J’ai le temps… » ou, « je n’ai pas le temps… », ou encore : « On a le temps… » ou même :

«prends tout ton temps » ! Comme si le temps était une marchandise dont on pourrait disposer. Illusion ! Pour paraphraser Renaud : « C’est pas l’homme qui prend le temps, c’est le temps qui prend l’homme » !

Du fond des âges antiques, le Sage, en hébreux « Le Qohéleth », médite sur le temps dont le courant nous entraine tous, un peu comme des petits bateaux à rames sur un grand fleuve. Et l’on a beau ramer de toutes nos forces, le courant nous pousse tantôt dans une direction, tantôt dans une autre sans que l’on y puisse rien, ou si peu ! Qui peut s’opposer au temps qui passe ? Tantôt les flots s’agitent et tout s’accélère et se précipite, tantôt ils se calment, donnant pour un moment l’impression que tout se fige… Tantôt le fleuve du temps nous entraîne vers de belles et agréables contrées… tantôt il nous fait traverser des vallées ténébreuses et franchement déplaisantes. C’est ainsi qu’il y a un temps pour enfanter et un temps pour mourir… pour planter et pour arracher… pour démolir et pour construire… pour pleurer et pour rire… pour se lamenter et pour danser…, un temps de guerre et un temps de paix… (Ecclésiaste 3. 1-8). « Les bons moments ne durent pas toujours ; on ne peut pas arrêter l’horloge du temps sur eux. Heureusement, cela est vrai aussi des mauvais moments: eux non plus ne durent pas toujours ».[1]

Jacques BREL,[2] avec le réalisme qui le caractérise, a exprimé cette réalité inexorable du temps qui s’égrène au tic-tac imperturbable de…


la pendule d’argent

qui ronronne au salon,

Qui dit oui, qui dit non,

Qui leur dit : je t’attends

Qui ronronne au salon,

Qui dit oui, qui dit non

…Et puis qui nous attend.


Après cette description plutôt déprimante (mais lucide !) de l’« obsolescence programmée » de la condition humaine sous le soleil, le Sage tourne les yeux vers Dieu et élève la réflexion « bien au-dessus du soleil » ! Ici nulle alternance entre bon et mauvais, entre malheur et bonheur. « Dieu fait toute chose belle en son temps » (Ecclésiaste 3. 11). « Tout ce que Dieu fait durera toujours » (14).

Seul ce qui répond aux critères de beauté et de durabilité est acceptable dans le monde de Dieu ! N’est-ce pas à cela que le sens de l’éternité, que nous avons tous, chevillé au tréfonds de notre être, nous fait soupirer ?

[1] Sylvain Romerowski, Pour apprendre à vivre la vie telle qu’elle est. À l’écoute du Qohéleth (l’Ecclésiaste). Edition de l’Institut Biblique, Nogent-sur-Marne, 2009. p.189.

[2] Jacques Brel, Les vieux.

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