Le fanatisme fait peur...

Mis à jour : 1 oct. 2018


Le fanatisme fait peur. A juste titre. Derrière les actes d’extrémistes désespérés, il n’est pas rare que les chrétiens soient soupçonnés, surtout quand ils sont animés par des fortes convictions, de faire partie de ces fanatiques dont il convient de se méfier. Et le reproche n’est pas totalement infondé ! C’est pourquoi, avant de chercher la paille dans l’œil de notre prochain, il est convenable de nous débarrasser de l’éventuelle poutre qui pourrait être dans le nôtre… Permettez cette citation du pasteur et théologien presbytérien Timothy Keller :


"Peut-être qu'aujourd'hui, ce qui dissuade le plus l'homme de la rue d'adhérer au christianisme, ce n’est pas tant la violence ou la guerre que l’ombre inquiétante du fanatisme. Beaucoup de non-croyants ont des amis ou des parents qui, après être devenus chrétiens, semblent avoir perdu la raison. À peine convertis, ils se mettent aussitôt à condamner certains groupes et certains secteurs de notre société. Tout particulièrement le cinéma et la télévision, les idéologies de gauche, les homosexuels, les membres d’autres religions et les valeurs enseignées dans les écoles publiques. Lorsqu’ils défendent la véracité de leur foi, ils se montrent souvent intolérants et moralisants. C'est ce comportement que beaucoup de gens qualifient de fanatique."[i]


Le parcours de l’apôtre Paul est instructif. Avant son « chemin de Damas » Saul de Tarse pensait réellement défendre l’honneur de Dieu contre ces hérétiques qui parlaient d’un Messie crucifié. Pour lui cette idée n’était qu’une intolérable caricature de ce que devait être le véritable Messie ! Les messies dominent, triomphent, gagnent. La Loi déclarait que quiconque était pendu au bois était sous la malédiction divine. Par conséquent, l’insistance avec laquelle les premiers chrétiens affirmaient que « Jésus est le Messie » était clairement blasphématoire. Il fallait à tous prix empêcher cette secte de se développer. C’est ainsi que Saul le pharisien voyait et comprenait les choses, c’était sa « vision du monde », celle qui avait fait de lui le fanatique qui terrorisait les hommes et les femmes de la minorité chrétienne de son temps ! « il cherchait à détruire l’Eglise : il pénétrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes et les faisait jeter en prison » (Actes des Apôtres chapitre 8, verset 3). « Quant à Saul, il respirait toujours la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur » (chapitre 9 verset1).

Que s’est-il donc passé pour que cet homme soit « retourné comme une crêpe » (si j’ose dire). Comment est-il devenu l’homme qui écrira plus tard que le fruit d'une vie sous la dépendance de l'Esprit consiste notamment en « … amour, en patience et en douceur » ? Ce n’est certainement pas le résultat d’une discussion avec un psychologue ou un spécialiste des religions ou des sectes, ni avec un philosophe qui a changé Saul. Il y a d’ailleurs fort à parier que si l’on avait fait cela, il en serait ressorti encore plus déterminé et convaincu dans son aveuglement.

C’est une rencontre avec la personne de Jésus qui a changé de fond en comble sa vision du monde, comme nous le rapporte le chapitre 9 du livre des Actes : « Dans les synagogues, il (Paul) se mit tout de suite à proclamer que Jésus est le Fils de Dieu. Ses auditeurs n’en revenaient pas… » (versets 20 et 21).

La conversion de l’intolérant Saul de Tarse à Jésus-Christ aurait-elle fait de lui un chrétien relativiste, prêchant un Dieu « modérément puissant » plutôt que tout-puissant ? Aurait-il mis de l’eau dans le vin de ses convictions ? Non… cent fois non ! Mais sa conversion l’a conduit à réorienter fondamentalement ses priorités et à mettre son zèle au service de la cause qu’il combattait jusque-là. En cela, Saul de Tarse, devenu désormais l’apôtre Paul, nous montre le chemin. Citons encore Timothy Keller :


"Pensez aux gens que vous jugez fanatiques. Ils sont autoritaires et moralisateurs; ils ont des opinions très arrêtées, ils sont insensibles et durs. Pourquoi ? Ce n'est pas parce qu'ils sont trop chrétiens, mais parce qu'i1s ne le sont pas assez. Ils sont fanatiquement zélés et courageux mais ils ne sont pas fanatiquement humbles, sensibles, aimants, compatissants, indulgents ou compréhensifs - comme le Christ l’était. (…) ils veulent imiter le Jésus qui tenait un fouet dans le Temple mais pas le Jésus qui a déclaré: « Que celui d’entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre! » (Jean 8.7). Ce fanatisme qui nous choque est en réalité un manque d’engagement pour le Christ et pour son Évangile." [ii]

* * *

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix!

Là où il y a de la haine, que je mette l'amour.

Là où il y a l'offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l'union.

(Extraits de la prière de François d’Assise)

Jacques ANDRE.

[i] Timothy Keller : La raison est pour Dieu, La foi à l'ère du scepticisme, Editions CLE, 2014, p.73

[ii] Timothy Keller : La raison est pour Dieu, p. 74. (La traduction de ces deux citations a été revue)

Image de Diego Velázquez “Saint Paul". Website of the Museu Nacional d’Art de Catalunya of Barcelona. http://www.museunacional.cat/en/colleccio/saint-paul/diego-velazquez/024242-000.

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